Une librairie après la lune, pour quoi faire ?

  Cette librairie en ligne a été créée pour que des gens comme Thomas Pesquet (l’homme qui vit dans l’espace six mois l’an) ou Guirec Soudée (qui passe six mois dans la mer de glace avec sa poule Monique), puissent agrémenter leurs soirées d’hiver !
La lune depuis l’ISS par Thomas Pesquet
Guirec Soudée et Monique







              Plus prosaïquement… De 1980 à 2013, j’eus le plaisir d’éditer quelque 159 ouvrages, au travers de la revue de poésie La Foire à Bras, des éditions Canaille, L’Aube, Baleine, Après la Lune. Des rencontres par milliers, des Anapurna de manuscrits, des festivals, des amitiés à foison, des procès (l’un retentissant contre l’Opus Deiun autre, sidérant, contre l’auteure à la mémoire courte avec qui j’avais affronté – et vaincu – l’hydre 999).
Ill. Antoine Femenia
Ill. André Lefort
Ill. Annie Dissaux

      







  2013. Après la Lune met la clef sous la porte. Mon expérience éditoriale étant manifestement insuffisante pour trouver un tra-vail dans ce milieu, je consacrai mon énergie à un roman en stand-by, plus ambitieux que les précédents, racontant la vie d’un ex-chauffeur de taxi parisien notant toutes ses rencontres sur des carnets. (Si vous avez 40 minutes à tuer, regardez l’interview du merveilleux Robert Gouin, véritable mémoire vivante de la profession, qui vient de fêter ses 90 ans.)
  Trois ans plus tard, mal remis d’un quiproquo avec le fantôme de Gaston Gallimard, à la porte duquel j’avais frappé, le roman parut enfin ! Et disparut aussitôt, victime d’une diffusion calamiteuse. Un désastre éditorial aux allures de Dien-Bien-Phu, avec épisodes de guerre de tranchées avec l’éditeur, dont ma dernière vision restera son silence assourdissant lorsqu’un sien comparse, ex-reporter de guerre nourri aux neurones de biceps, m’abattit une chaise sur le crâne, le jour-même où je déclarais au Journal de Saint-Denis : "Si ce livre meurt, je meurs avec lui." Ce qui n’était pas qu’une boutade.
Graphisme : Audrey Malherbe
Voilà pourquoi "L'esprit Bénuchot", retiré des rares librairies où il fut en rayon, est disponible ici, en attendant mieux. Et comment le désir de sauver des enfers quatre années d'un travail de titan coïncida avec le désir de redonner vie à des livres qui ne méri-taient pas de passer à la trappe.

De Canaille à Après la Lune : quelques complices

ANDREVON (Jean-Pierre)
Auteur prolifique de SF ayant fait les beaux jours de Présence du Futur, contaminé par le polar, Andrevon écrit, dessine et chante
BENOTMAN (Hafed)
N'a jamais été publié dans la maison, mais la maison Canaille était sa maison, et nous avons beaucoup ri et trinqué ensemble. Il nous a quittés en 2015.
BULTEAU (Yves)
Passionné par la préhistoire, il a longtemps vécu sous d'autres cieux avant de revenir en Vendée vivre le reste de son âge. Et écrire de magnifiques romans, dont un épisode épique de Mou-lard, où il ridiculise Philippe de Villiers.
BURON (Fernand)
Le destinataire du Casse-toi pov'con ! sarkozien ne porte pas ce nom, mais il apprécia le canular, qui mystifia l'AFP et amusa beau-coup les habitants de Saint-Martin-des-Besaces (Calvados) et les flics du commissariat parisien de la rue de la Bienfaisance.
CHERRUAU (Pierre)
Marathonien, journaliste, le plus africain des auteurs de polar français, a écrit avec Nena rastaquouère, qui se passe au Nigéria, l'un des plus beaux romans jamais écrit sur le "continent noir".
CHEVRON (Michel)
Avant d'écrire des romans reconnaissables à sa "patte" ciselée et à ses personnages hénaurmes mais tellement humains, il fut ouvrier puis prof de mécanique. On le voit ici expliquer à un Stéphane Geffray admiratif le principe de l'ambivalence de la vis sans fin.
COHEN (Sylvie)
Dissèque à merveille les névroses familiales. Elle exerça long-temps un mystérieux métier à Marseille, qui lui inspirera le western urbain Mammouth rodéo trash, avant de monter respirer l’air de plus en plus frais de la capitale. 
DUMAL (Alexandre)
Adoubé par Manchette qui préfaça Je m'appelle reviens, Charlie l'insoumis raconte la dégueulasserie d'une société qui ne fait pas de cadeau à ceux qui marchent en dehors des clous. Et la beauté de la vie. Sa Confrérie des chats de gouttière est une pépite.
FÉREY (Caryl)
"Ce n’est pas parce que tu viens de la grande plouquerie interna-tionale que tu ne réussiras pas !" lui lancèrent un jour ses copains au café Mamouti, avant d'improviser un mémorable haka qui lui portera chance.
FÉTIS (Laurent)
Remarqué en 1992 à la Série noire avec Le mal du double bang, ce bricoleur génial du roman de genre hante les nuits parisiennes et possède une invraisemblable collection de chapeaux.
FILOCHE (Pierre)
Pionnier de l’écurie Canaille (Le banquet des ogres), ses romans sont empreints d’une poésie "échenozienne". Ne comprend pas qu’on lui demande s’il est inspecteur du travail alors qu’il a fait toute sa carrière au ministère de la Santé. Il s'essaie depuis quel-que temps à la peinture.
GOBIN (Arnaud)
Cumule les fonctions d’artificier (l'hydroxyde de strontium et le sulfate de cuivre n’ont aucun secret pour lui), de réalisateur de docus TV et d’auteur de polars made in Côte d’Azur dans lesquels on tue et mange avec une délectation quasi-chabrolienne.
JAILLET (Nicolas)
Comédien, musicien, il est devenu écrivain pour faire plaisir à sa mère et confesse une admiration sans bornes pour les super-héros, qu’il revisita avec Nous les maîtres du monde. Il arrondit ses fins de moi en faisant des prêches. Sa remarquable Maison vient d’être rééditée en poche.
MATALON (Anne)
Nous a quittés en 2012, après 14 ans d’un combat acharné contre le cancer. Anne Kunvari a réalisé un film très émouvant sur sa fin de vie, Le moment et la manière. Elle laisse des inédits, dont un épisode hilarant de Moulard où le héros converse avec un blai-reau.
MIZIO (Francis)
Sa fascination pour les flamants roses et son érudition concernant la brouette ne sauraient faire oublier que cet ancien journaliste, ex-webmestre d’Après la lune, est avant tout un écrivain. Il tra-vaille à une somme monumentale sur les indiens Macroqa. Tout ce qui tombe du ciel vient d'être réédité chez ActuSF.
MOULARD
Héros de roman-feuilleton né dans une coquille de Ouest-France en 1999 à Pordic (Côtes d’Armor). Nous partîmes 23, nous arrivâmes 6. Cinq épi-sodes sont inédits.


POUY (Jean-Bernard)
Les éditions Canaille lui doivent… beaucoup. Son art consommé de la dédicace émut aux larmes feu Alain Griotteray (maire de Cha-renton-le-Pont), qu’il gratifia d’un vibrant "Cher Alain, si un livre devait un jour vous pénétrer, il serait bon que ce fût celui-là."
Cesare Battisti, Pouy, Reboux, cocktail Canaille, 1994
RAJSFUS (Maurice)
Né en 1928, il entretient sa mémoire (et la mémoire collective) en écrivant des ouvrages sur le régime de Vichy, la rafle du Vél’ d’hiv, la police française (qui arrêta ses parents, déportés à Auschwitz) pendant l’Occupation, jusqu’à nos jours.
REBOUX (Jean-Jacques)
Ce cliché, lors de sa prise en charge par les Dr Polar de Mauves-sur-Loire, après qu’il prétendît avoir été victime d’un dentiste foud’une dingue mythomane, d’une magistrate nantaise, se passe de commentaires. Comment un individu aussi perturbé aurait-il pu faire fortune dans l’édition ?
ROUCH (Sylvie)
Son Corps-morts est un magnifique hommage au bulot, au port de Granville et à ses marins-pêcheurs. Elle n’a aucun lien de parenté avec l’ethnologue Jean Rouch.
ROUTIER (Philippe)
Créateur artistique des collections Lunes blafardes et La Maîtresse en maillot de bain (d'après une sculpture de Caroline Michel), son album Portraits-robots est en quête d'éditeur.
SINIAC (Pierre)
Ce génial constructeur d’histoires qu’admirait Manchette incita l’auteur de ces lignes à écrire, longtemps avant de lui offrir la fierté de devenir l’un de ses éditeurs. Il est décédé en 2002.
TOUZEIL (Jean-Claude)
Poète, collagiste, il a beaucoup écrit sur les arbres et illustra les premiers livres de Canaille. Il organise depuis plus de vingt ans un printemps de la poésie dans son village ornais de Durcet.
VACHER (Serge)
S’en est allé en 2013 reposer dans son Limousin natal, peu après avoir pris sa retraite d’instituteur. Il grattait la guitare et publiait la revue "La Vache qui lit".

ZAY (Dominique)
Sa position tragique à la fin de l'alphabet n'arrangea pas l'inconstance de ce garçon, qui exerça mille métiers, dont celui de strip-teaseur, avant de se consacrer au théâtre.

LES FAVORITES DE LA LUNE
Luna Granada écrit et dessine des histoires d’arbres pour les enfants. Tête nue est le fruit d’un travail d’écrivain public avec Jean-Erick Ménard, haïtien, qui évoque le vaudou.
Giulia Maggi peint des visages, des émotions en lien avec des objets célestes, l’humain comme élément de la Terre en osmose avec le cosmos. Ses racines sont en Uruguay.
Nausicaa, la petite chanteuse qui monte, a produit son premier CD, "Ch’ui chiante".
Nathalie Torselli peint de magnifiques poules (et aussi des gens). La preuve (par l’œuf).