Une librairie après la lune, pour quoi faire ?

De 1980 à 2013, j’eus le plaisir d’éditer quelque 159 ouvrages, via la revue de poésie La Foire à Bras, les éditions Canaille, L’Aube, Baleine, Après la Lune. Des rencontres par milliers, des Anapurna de manuscrits, des festivals, des amitiés à gogo, des procès (l’un retentissant contre l’Opus Deil’autre sidérant contre l’auteure à la mémoire courte avec qui j’avais affronté – et vaincu – la puissante secte).
Ill. Antoine Femenia
Ill. André Lefort
Ill. Annie Dissaux

2013. Après la Lune met la clef sous la porte. Mon expérience éditoriale étant manifestement insuffisante pour trouver un tra-vail dans ce milieu, je consacrai mon énergie à un roman en stand-by, plus ambitieux que les précédents, racontant les vies d’un ex-chauffeur de taxi parisien notant toutes ses rencontres sur des carnets.

2016. Mal remis d’un quiproquo avec le fan-tôme de Gaston Gallimard, à la porte duquel j’avais frappé, le roman parut enfin. Et dis-parut aussitôt, victime d’une diffusion cala-miteuse. Un désastre éditorial aux allures de Dien-Bien-Phu, avec épisodes de guerre de tranchées avec l’éditeur, dont ma dernière vision restera son silence assourdissant lors-qu’un sien comparse, reporter de guerre fascistoïde nourri aux neurones de biceps, m’abattit une chaise sur le crâne, le jour-même où je déclarais au Journal de Saint-Denis : "Si ce livre meurt, je meurs avec lui." Ce qui n’était pas qu’une boutade.
Voilà pourquoi Lesprit Bénuchot, retiré des rares librairies où il fut en rayon, est disponible ici, en attendant de renaître en 2019. Cerise sur le gâteau, les éditions Après la Lune renaissent en s’encanaillant avec le collectif Kierol24, l’association de mal-faiteuses littéraires emmenée par la piratesse de Barcelone Kits Hilaire !